Entrevue avec Lurk, archiviste et amateur de femmes rétrécies et minuscules

Lurk (alias foreverlurk) est un amateur passionné de femmes rétrécies (SW) et minuscules qui s’efforce à archiver et à préserver ce type de contenu pour que d’autres puissent en profiter. Son amour des “tinies” a mené à des projets de préservation comme la G/t Library et le Shrunken Woman Video Archives. La G/t Library répertorie plus de 280 bandes dessinées, romans graphiques, mangas, manhwas, romans et nouvelles provenant d’un vaste éventail de créateurs internationaux, notamment américains, canadiens, français, coréens, japonais et russes. Les gens peuvent également se rendre sur YouTube pour profiter des 873 extraits actuellement archivés. À mon avis, deux points forts de cette collection sont une scène de rétrécissement et de vore non létal tirée de la série animée Monsters vs Aliens, ainsi qu’un long extrait de la série Gen V sur Amazon Prime mettant en vedette Emma Meyer (alias Little Cricket), un personnage capable de changer de taille. Les fans peuvent suivre Lurk sur Bluesky pour connaître les dernières mises à jour et consulter ses liens ici.

#1) Pouvez-vous parler un peu de vous aux lecteurs ?

#1- Je suis présentement dans la quarantaine, je suis né et j’ai grandi au Québec, au Canada. Je fais partie des rares Québécois francophones fascinés par les différences de taille extrême. Je suis sur Internet depuis la fin des années 90, sous le même pseudonyme. Dire que j’étais un “lurker” peut sembler complètement faux aujourd’hui, mais ça a pourtant été le cas pendant de très nombreuses années. Même si je n’ai commencé à participer plus activement dans la communauté que récemment, ça fait longtemps que je gravite autour d’elle. D’abord sur Usenet, puis sur différentes générations de forums consacrés à la différence de taille, comme ceux de Min, Maxcat, Process et GiantessCity. J’ai un diplôme en génie logiciel et je travaille dans l’industrie des TI depuis plus de 20 ans.

#2) Comment avez-vous découvert votre intérêt pour les femmes rétrécies et minuscules ?

#2- J’ai toujours cru que je suis venu au monde avec cela en moi. Je me souviens avoir vu ma première scène de rétrécissement dans la version française de Fushigi no kuni no Arisu, une adaptation d’Alice au pays des merveilles diffusée ici quand j’avais environ 6 ans. Ça m’a pris complètement par surprise. Je me rappelle que le temps semblait ralentir pendant qu’Alice rapetissait; plus rien n’existait au monde à part la télévision dans le salon, alors qu’elle devenait minuscule. Les papillons dans le ventre, le sang qui me montait à la tête et cette poussée soudaine d’adrénaline m’ont fait comprendre deux choses : que j’en voulais encore, et que je devais absolument garder ça secret. En grandissant, j’ai profité de l’énorme quantité de médias liés aux différences de taille produites dans les années 80 et 90; on dirait qu’à cette époque, chaque dessin animé avait son épisode obligatoire de rapetissement. J’avais même une cachette secrète remplie de contenu : des livres, des bandes dessinées, des découpures de magazines, une ou deux cassettes VHS… précurseur à mes archives actuelles, en quelque sorte. Puis la puberté a rendu les choses encore plus compliquées pour moi, puisque c’est devenu quelque chose auquel je pensais aussi de manière sexuelle. Sans Internet, je croyais être le seul avec ce fantasme bizarre, et cela me remplissait d’un sentiment de culpabilité et de honte. J’ai même traversé une période sombre où j’ai essayé de me “guérir” de ça, aussi ridicule que ça puisse paraître. Il a fallu que je découvre la communauté “size” en ligne pour commencer le cheminement vers l’acceptation de soi, mais malgré ça, il m’a fallu plus d’une décennie avant d’être réellement à l’aise avec cet aspect de ma personnalité.

#3) Est-ce que des gens proches de votre entourage sont au courant de cet intérêt ?

#3- Malheureusement, j’ai toujours gardé le secret. J’ai essayé de nombreuses fois d’en parler, et c’est difficile d’expliquer comment les mots refusent tout simplement de sortir. La seule fois où j’ai réussi à dire quelque chose, j’ai rendu la personne extrêmement mal à l’aise, et elle a ensuite agi comme si cette conversation n’avait jamais eu lieu. Pour moi, ce fantasme peut être réconfortant et tendre, mais aussi intensément sexuel selon mon humeur. J’ai envie de protéger et de prendre soin de femmes minuscules, mais je ressens aussi le désir de les posséder plus que tout. J’ai parfois du mal à réconcilier ces deux facettes de moi-même, ou de les expliquer aux “normies”, ou même à certaines personnes de la communauté qui considèrent tout cela uniquement sous l’aspect d’un fantasme sexuel. J’ai l’impression qu’il est plus difficile de parler ouvertement en tant qu’homme géant/dominant plutôt qu’en tant que minuscule/soumis. Je ne suis pas un “switch”, je n’ai aucun intérêt à changer ma propre taille ; ce qui m’attire, c’est simplement le rétrécissement des femmes. D’après mon expérience, il existe beaucoup de préjugés envers les hommes dans le rôle du “shrinker”, comme si cela signifiait automatiquement qu’on soutient le patriarcat, la domination masculine ou pire encore. Il y a une énorme différence entre qui je suis réellement (timide, réservé, introverti) et mon moi fantasmatique (dominant, affirmé). Prétendre que mon kink définit qui je suis réellement ignore complètement la notion même de consentement et de respect, qui est pourtant essentielle dans les dynamiques liées à la différence de taille extrême. Au final, j’ai toujours eu peur que de parler ouvertement de ce sujet change définitivement la manière dont les gens me perçoivent.

#4) Quelles sont quelques-unes de vos œuvres ou fantasmes liés à la différence de taille préférés créés par d’autres auteurs ? Je sais que c’est une question difficile et que votre réponse, comme celle de tout le monde, peut changer avec le temps. Malgré tout, je l’inclus parce que c’est une excellente forme de reconnaissance lorsque les créateurs apprennent que des gens apprécient leur travail.

#4- Quand j’étais plus jeune, je consommais beaucoup plus de fiction qu’aujourd’hui, surtout parce que j’avais davantage de temps libre. Mes goûts ont évolué avec le temps, tout comme ma manière d’interagir avec ce fantasme. Même si j’apprécie encore la dynamique F/f, elle ne me touche plus aussi viscéralement que le M/f, dans lequel je peux me projeter et m’insérer dans l’histoire. Découvrir davantage d’autrices et voir les choses à travers le regard féminin ainsi que leur point de vue de minuscule a été un véritable tournant pour moi et a énormément élargi mes horizons. Une de ces autrices est Littlest-Lily, qui m’a complètement captivé avec sa série Rains il y a quelques années. Elle écrit merveilleusement bien et nous partageons un amour inconditionnel pour les tailles vraiment infinitésimales. Une autre autrice que j’ai découverte est Arenaksw, avec son histoire Guardian Angel, qui m’a profondément touché de nombreuses façons en explorant la dichotomie entre le fait d’être un géant sauveur, tout en désirant intensément sa petitesse. Une autre excellente histoire M/f qui m’a personnellement marqué est Desperate Measures de Scidram, surtout compte tenu de ce que je vivais à l’époque où je l’ai lue. Je suis aussi amateur de bandes dessinées traditionnelles et de webtoons, et j’attends avec impatience les prochains chapitres de Violet Goes to the Beach de Pacthesis. C’est excellent, et même si ce n’est pas une histoire de SW à proprement parler, les thèmes liés aux différences de taille apparaissent souvent dans le récit. Enfin, je m’en voudrais de ne pas mentionner le classique Slumber Party de Sally Reynolds. Cette œuvre aura toujours une place spéciale dans mon cœur parce que c’est la toute première histoire de SW que j’ai trouvée sur Usenet il y a toutes ces années, ce qui m’a finalement conduit à découvrir la communauté size.

#5) La langue peut souvent être une barrière et empêcher les personnes non familières d’apprécier une œuvre remarquable. Selon vous, existe-t-il des bandes dessinées, films ou histoires en français qui mériteraient que des fans non-francophones de SW fassent l’effort de découvrir et de traduire ? Cette question vise des œuvres qui, selon vous, sont passées sous le radar.

#5- Je ne sais pas si d’autres non-anglophones ressentent la même chose, mais pour moi l’anglais crée une distance, une amure entre ce que je pense, et ce que je dis réellement. Parler de size en français est difficile, non seulement parce qu’une grande partie de notre vocabulaire niché est en anglais, mais aussi parce que ça donne l’impression de mettre mon âme complètement à nu. Les médias francophones regorgent de moments G/t, notamment dans les bandes dessinées belges et françaises. La plupart s’adressent aux enfants ou aux adolescents, comme la récente adaptation des Chapardeurs. La première saison est disponible et est extrêmement bien réalisée, surtout au niveau de la conception sonore, un aspect souvent négligé lorsqu’on représente des différences de taille extrêmes. Une œuvre française de SW assez méconnue, jamais traduite et clairement destinée aux adultes est Asunrath de Marie-Thérèse de Brosses, publiée en 1967. Il est très difficile de trouver une copie physique du livre, car après que la véritable autrice ait gagné un procès pour plagiat, les exemplaires ont été détruits. Il existe aujourd’hui une version numérique illustrée par les magnifiques dessins du célèbre caricaturiste français Claude Serre. À mon avis, cette histoire de science-fiction et d’horreur n’est pas particulièrement bien écrite, mais elle met en scène de nombreuses femmes rétrécies, enlevées et maltraitées par un savant fou.

#6) Y a-t-il des projets à venir dont vous aimeriez parler ?

#6- Je prévois d’élargir la Size Library avec davantage de catégories en plus des femmes minuscules – par exemple les hommes géants, les hommes minuscules et les femmes géantes – puisque mes recherches m’ont mené à découvrir bien plus qu’uniquement du contenu de femmes rétrécies. J’ai également reçu des commentaires me suggérant d’ajouter plus de métadonnées; certaines personnes voudraient par exemple savoir s’il y a de véritables interactions entre un géant et un minuscule. D’autres demandent des numéros de chapitres ou de pages, ou encore des informations sur la nature du changement de taille (magique, technologique, etc.), ou si le personnage est rétréci hors de ses vêtements, etc. Je ne sais pas si j’irai jusque-là, mais une fois le projet davantage développé, ça pourrait devenir une excellente base de données pour un véritable site consacré au contenu imprimé. Je travaille aussi sur des fansubs pour Les Chapardeurs, ce qui prend beaucoup plus de temps que prévu. Bien sûr, je mets constamment de nouveaux extraits sur ma chaîne YouTube, ce qui est également compliqué avec les règles de droits d’auteur qui semblent changer tous les quelques mois. J’ai des sauvegardes locales et infonuagiques de tout mon travail, au cas où quelque chose arriverait. Enfin, je reste toujours ouvert aux suggestions de nouveau matériel, autant pour YouTube que pour la Library.

Merci d’avoir accepté cette entrevue.

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